" Les généralistes affirment leur rôle dans la santé mentale "

Le 1er mars dernier, la fédération des associations de médecine générale de Bruxelles (FAMGB) publiait son " livre noir de la santé mentale ". Partant du constat que les généralistes sont souvent le premier contact des patients souffrant de troubles psychiques, l’ouvrage analyse une septantaine de vignettes cliniques et en tire une douzaine de recommandations.

Bien qu’un tiers des Bruxellois n’aie pas de médecin généraliste attitré, celui-ci reste néanmoins un acteur essentiel dans l’échelonnement des soins, et notamment dans la détection des affections, tant somatiques que psychologiques. Et si l’on en croit l’enquête réalisée par la FAMGB, cette fonction est pleinement rempli par la médecine générale bruxelloise : parmi la cinquantaine de médecins sondés, 46% sont confrontés quotidiennement à des patients présentant des troubles psychiques combinés à des problèmes somatiques, et près de 40% rencontrent ces problématiques chaque semaine.

Rappelant le contexte socio-économique de la capitale (40% de la population en situation ou en risque de pauvreté, forte multiculturalité, renouvellement important de la population…), l’ouvrage souligne l’importance de la première ligne dans les soins de santé mentale : 40% des Bruxellois souffrant de difficultés psychiques, la totalité de cette population ne peut être prise en charge par les professionnels de la santé mentale, trop peu nombreux.

Malgré cela, les généralistes ont le sentiment d’être peu intégrés tant dans le parcours de soins de ces patients que dans les dynamiques en cours dans le cadre de la réforme de la politique de santé mentale. Le Livre noir souligne notamment le financement insuffisant des structures ambulatoires, la saturation des services de santé mentale, les difficultés à travailler en réseau et à assurer la continuité des soins. Surtout, il insiste sur la non-adéquation du financement à la spécificité bruxelloise, eu égard notamment à la grande vulnérabilité de la population de la capitale.

Partant de ces constats, le Livre Noir formule des pistes de recommandations, qui seront développées ultérieurement dans un Livre Blanc. Parmi elles, on retiendra particulièrement l’approche intégrée des aides sociales et psychologiques, et la promotion de politiques générales en faveur d’une société plus inclusive, partant du principe que " sans bien-être social, il ne peut y avoir de bien-être mental ".

À l’heure où le réseau unique du projet de réforme des soins de santé mentale se met en place à Bruxelles, gageons que cette publication et ses propositions feront l’objet de nombreux débats dans les semaines à venir !

Mathieu De Backer
Directeur Général SMES-B