" Portugal, une politique drogues qui fonctionne. Et la nôtre ? "

Il y a presque vingt ans, la législation portugaise prenait un grand tournant. Le Portugal est devenu le premier pays européen à dépénaliser la possession et la consommation de substances illicites. En l’an 2000, les recommandations visant la décriminalisation totale de l’usage de drogues ont été acceptées par le conseil des ministres. Un après, un plan d’action a été mis en place. À la tête de cette réforme, on retrouve Joao Castel-Branco Goulao, ancien dirigeant du CAT (Centros de Atendimento a Toxicodependentes) de Faro.

Pendant des années, la côte d’Algarve au sud du Portugal a été l’une des capitales européennes de la drogue. La hausse des crimes et des overdoses mortelles faisait l’actualité de tous les journaux. À ceci s’ajoutait l’augmentation du nombre de personnes atteintes par le VIH. Le Portugal comptait alors le plus grand nombre de cas de SIDA de toute l’Union Européenne. Il était donc devenu primordial de changer de stratégie, en luttant plutôt contre les risques liés à l’usage de drogues et non contre les drogues elles-mêmes.

Dès lors, le Portugal est devenu le premier pays européen à dépénaliser la drogue. 15 ans plus tard, on remarque une diminution considérable des personnes atteintes du VIH. D’après des chiffres officiels, ils sont passés de 1 016 en 2001 à seulement 56 en 2012. On constate également que les affections hépatiques, les overdoses mortelles, les crimes et les incarcérations liés à la drogue ont fortement chutés. Pour les décès par overdose, le Portugal est passé de 80 en 2001 à seulement 16 décès en 2012. Ce taux est plus de cinq fois inférieur à la moyenne de l’Union Européenne.

Ce changement de loi a permis de réduire les risques liés à l’usage de drogues mais il n’est pas la seule cause à ce changement. Cette évolution est également due au tournant culturel et au changement des représentations de la population face aux usagers de drogues. Pour Branco Goulao, " L’idée qui sous-tend cette loi est que l’addiction est un problème sanitaire, social, plutôt que criminel ", et la population l’a largement compris. Malgré des résultats concluants, ce modèle peine encore à s’imposer au reste du monde.

Et en Belgique ?

En Belgique, " La loi drogues a 100 ans, il est temps de la changer ". C’est l’objectif de la campagne #STOP1921, une initiative de la société civile. Elle tente de sensibiliser le législateur et l’opinion publique à la remise en question de la politique de prohibition des drogues. Les conséquences de cette loi sont néfastes au niveau de la santé publique et de l’engorgement du système judiciaire.

Le débat a été entamé en 2016 et ira crescendo jusqu’en 2021, la date centenaire de la loi. Le but de cette initiative est de rassembler pour dire non à la criminalisation des consommateurs de drogues, de faire connaître les effets positifs de la décriminalisation et de mobiliser la population afin d’obtenir la modification de la loi.

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Marine Harmel
Chargée de comm.- SMES-B