Réforme de la santé mentale : ça bouge à Bruxelles !

Depuis le 1er janvier 2018, un réseau régional unique couvre désormais l’ensemble du territoire bruxellois dans le cadre de la réforme de la santé mentale. Il s’agit de concrétiser le virage vers la prise en charge des patients dans leur milieu de vie, notamment à travers la mise sur pied d’équipes mobiles.

Cela fait une quinzaine d’années déjà que la Belgique s’est engagée dans une réforme de la santé mentale visant à favoriser une approche communautaire, dans le milieu de vie du patient, sur base de la demande de celui-ci. Ceci devant s’organiser sur base de soins plus différenciée (notamment en transformant progressivement l’offre résidentielle vers une offre ambulatoire), et des circuits de soins réalisé au sein d’un réseau.

En 2010, des appels à projets-pilotes ont été lancés afin de créer des réseaux dans différentes zones, ces réseaux ayant pour objectif de mettre en œuvre cinq fonctions :

  • la fonction 1 vise la promotion, la prévention, le dépistage et l’intervention en santé mentale précoces ;
  • la fonction 2 vise le déploiement d’équipes d’intervention mobiles qui se déplacent jusqu’au demandeur de soins (à son domicile ou ailleurs, dans son lieu de vie) ;
  • la fonction 3 concerne la réhabilitation psychosociale (via l’insertion socioprofessionnelle, ;
  • la fonction 4 regroupe les unités intensives résidentielles (c’est-à-dire les hôpitaux) ;
  • la fonction 5 concerne les formes d’habitat spécifique (Initiatives d’habitat protégées, etc.).

À Bruxelles, deux projets de réseau avaient ainsi été mis en place : Bruxelles Est et Hermèsplus. Après quelques années de fonctionnement de ces projets pilotes, les pouvoirs publics ont souhaité généraliser l’implantation de réseaux sur tout le territoire.

À Bruxelles, les autorités politiques et administratives ont souhaité qu’un seul réseau soit mis en place. Les acteurs locaux, actant que deux réseaux avaient déjà été créés lors de la phase pilote, et partant du principe que le maillage des acteurs nécessitait une approche plus locale, a proposé une organisation reposant sur deux " étages " : un réseau régional et quatre antennes locales (Bruxelles Est, Hermèsplus, Rézone et Norwest).

Cette proposition a été acceptée, et depuis le 1er janvier, un Comité de Réseau régional (CRR) a été mis sur pied afin de mettre en œuvre la réforme sur l’ensemble du territoire bruxellois. Ce nouveau réseau devrait être baptisé dans les mois à venir, de même qu’une coordination recrutée. Parallèlement, les deux antennes sur le sud-ouest et le nord-ouest de la région se mettent progressivement en place.

Premier défi : la couverture « F2 »

En attendant, le CRR ne se tourne pas les pouces : ainsi, à la demande du SPF Santé publique et de la ministre fédérale de la Santé, les acteurs bruxellois planchent en ce moment sur le renforcement des équipes mobiles. Une proposition doit être remise aux autorités fédérales au mois de juin, afin de permettre à terme la couverture de l’ensemble de la région, dans les deux volets de la fonction 2 (2a traitement de la crise, et 2b soins chroniques).

Un des enjeux sera de pouvoir tenir compte des spécificités bruxelloises. En effet, la région souffre d’un déficit de lits psychiatriques au regard des normes historiques de programmation. Or, le mécanisme de financement des équipes mobiles repose sur le " gel de lits ", à savoir l’utilisation de budgets dévolus aux lits hospitaliers pour couvrir les coûts des équipes mobiles, sur base de l’article 107 de la loi sur les hôpitaux (d’où le nom communément utilisé " d’équipes 107 " et " projets 107 "). Il s’agira donc de faire en sorte que l’offre hospitalière, actuellement saturée par les demandes, puisse rester accessible pour les cas qui le nécessitent.

D’autres particularités bruxelloises devront elles aussi être intégrées, singulièrement la dualisation territoriale et la part importante (40%) de la population en situation ou en risque de pauvreté, puisque l’on sait qu’un gradient social important existe dans la distribution des troubles psychiques. Les dispositifs qui s’adressent spécifiquement aux plus vulnérables, tels que l’Équipe mobile Précarité et la Cellule d’Appui du SMES-B, devront être renforcés si l’on veut assurer une prise en charge de l’ensemble des pathologies. Gageons que l’ensemble des acteurs auront à cœur de relever le défi !

Mathieu De Backer
Directeur Général du SMES-B