Ordonnance sans-abri : le débat toujours vif

Une nouvelle réglementation organisant le secteur de l’aide aux sans-abri devrait être prochainement adoptée à Bruxelles. Elle a largement fait débat ces derniers mois, donnant notamment naissance au mouvement "Droit à un toit ou droit dans le mur ?" soutenu par pas moins de 80 organisations du secteur de l’aide au sans-abri, mais aussi du logement, de la santé, de l’aide à la jeunesse… Leur objectif commun : dénoncer une politique qui se contente de gérer les conséquences du sans-abrisme, et réclamer une réorientation vers une politique intégrée, cohérente et ambitieuse de lutte contre ce phénomène.

En janvier 2017, la première version nouvelle ordonnance " relative à l’urgence et à l’insertion sociale des personnes sans-abri" proposée par les Ministres bruxellois de l’aide aux personnes, Pascal Smet et Céline Fremault, est approuvée par le Collège réuni. Ce projet suscite néanmoins beaucoup de réactions, notamment auprès du secteur bruxellois de lutte contre le sans-abrisme. Certains critiques et amendements seront cependant partiellement pris en compte.

Deux événements viennent aussi alimenter les débats. En mai 2017 débute la "crise du Samusocial", suite aux révélations sur les rémunérations des administrateurs de cette structure. Un mois plus tard, la Strada sort sa publication sur le dénombrement bruxellois, qui pointe un quasi doublement du nombre de personnes sans-abri et mal logées à Bruxelles entre 2008 et 2016.

Suite à ces observations, DoucheFLUX organise son "Think Tank #22", en collaboration avec les fédérations AMA, BICO, ROTB sur le thème "De quelle chance la crise du Samusocial est-elle le nom ?" 50 personnes issues de 29 organisations du secteur de la lutte contre la grande pauvreté et le sans-abrisme répondent à l’appel. Suite à cette rencontre, un appel à la signature et à la mobilisation est lancé. Il débouche sur l’adhésion de 80 organisations à un mouvement qui se regroupe sous le slogan "Droit à un toit ou droit dans le mur ?" et organise une "marche rouge (de colère)" le 18 septembre 2017. Cette date coïncide avec la rentrée du Parlement Bruxellois. Des réunions post-manifestation sont ensuite mises en place pour évaluer l’impact de cette manifestation et proposer des actions futures.

En octobre, la Ministre Céline Fremault reçoit les fédérations et plusieurs services du secteur de l’aide aux sans-abris. L’objectif est d’entendre les revendications et propositions d’amendements relatifs à l’ordonnance. En parallèle, "Droit à un toit" organise le match de l’absurde, qui oppose symboliquement l’équipe "Bureau d’Aide et d’Insertion sociale" à l’équipe du secteur sans-abri.

Parallèlement, fin octobre, les parlementaires de la Commission des Affaires sociales du Parlement Bruxellois démarrent une série d’auditions des différents acteurs du secteur sans-abri. Christine Vanhessen de l’AMA, Birger Blancke de la Fédération Bico et Yahya Hachem Samii de la Strada présentent donc leurs recommandations. D’autres organisations sont auditionnées durant les mois qui suivent, telles que Médecins du Monde, le service social du CHU Saint-Pierre, Infirmiers de Rue, Diogenes, SMES-B, etc. Le rapport provisoire est disponible en ligne.

Le 18 avril, alors que débutent en commission les débats sur la troisième version de l’ordonnance, les associations du mouvement "Droit à un toit" manifestent devant le parlement bruxellois pour protester contre une mesure importante du projet, à savoir le dossier social électronique partagé. Celui-ci suscite en effet de nombreuses craintes chez les associations de terrain, notamment sur l’usage qui sera fait des données, sur les impacts sur la relation entre les travailleurs sociaux et les bénéficiaires, etc.

Si les travaux parlementaires touchent à leur fin, le débat n’est donc pas clos, et "Droit à un toit" semble déterminé à ne pas relâcher la pression.

Marine Harmel
Chargée de comm. SMES-B