Le WRAP ou comment gérer les crises en redonnant le contrôle au bénéficiaire

Le rétablissement est au centre du travail de l’équipe d’accompagnement du Projet Housing First du SMES-B auprès de ses 35 locataires qui cumulent un long parcours de rue avec des problématiques de santé mentale et d’assuétude. Un des outils permettant de redonner à ces personnes le contrôle sur leur vie, de s’y sentir bien et de prévenir les rechutes est le "welness recovery action plan" ou WRAP, en français le "plan de rétablissement" ou "échelle de bien-être" créé par Mary Ellen Copeland.

Le rétablissement

Le rétablissement est un des piliers de la méthodologie des programmes Housing First. Mary Ellen Copeland décrit ce processus par 5 éléments que l’on peut retenir par le mot ESPER :

  • le premier est de redonner de l’espoir à la personne, de croire avant elle que c’est possible qu’elle atteigne ses objectifs et réalise ses rêves ;

  • le second est d’être soutenu et encouragé mais également de pouvoir donner du soutien à d’autres ;

  • le troisième élément du rétablissement est le plaidoyer, c’est-à-dire la défense des droits de la personne et de sa cause ;

  • le quatrième est l’empowerment, ou l’apprentissage que la personne peut retirer de ce qu’elle a expérimenté pour prendre de meilleures décisions dans les différents domaines de sa vie ;

  • le cinquième et dernier élément est l’auto-détermination, ou la responsabilisation afin de permettre à la personne d’être actrice de sa vie.

Le WRAP

Le Wrap est un outil qui permet à la personne d’affronter les périodes difficiles de sa vie comme des crises, des décompensations, des rechutes, afin d’augmenter son contrôle et sa qualité de vie. Cet outil est composé de plusieurs parties :

  • la première est une liste de maintien au quotidien où la personne va décrire comment elle est lorsqu’elle se sent bien, les choses qu’elle doit faire pour se sentir bien et les déclencheurs, c’est-à-dire les choses qui, quand elles se produisent, vont faire que la personne se sente de moins en moins bien ;

  • la seconde partie est composée des signes précurseurs, et à nouveau des outils " bien-être" que la personne peut mettre en place pour aller mieux ;

  • "quand ça s’écroule" est la troisième partie : la personne va y décrire les symptômes qui indiquent que la situation empire, que certains schémas anciens sont réactivés ;

  • la quatrième partie est le plan de crise, dans lequel la personne va décrire ses symptômes mais surtout ses personnes ressources et celles qu’elle ne souhaite pas impliquer, la médication envisageable ou non, les centres de soin souhaités ou à éviter, et l’intervention qu’elle souhaite de son entourage. Cette quatrième partie se termine par la disparition des symptômes qui indiquent la désactivation du plan ;

  • la dernière partie est le plan post-crise, qui permet notamment de préparer un retour à la maison afin de s’assurer que la personne continue à se sentir en sécurité.

Son application dans le projet Housing First du SMES-B

Lorsque les locataires entrent dans le projet, l’équipe ne possède que très peu d’éléments sur leur parcours. C’est une volonté de l’équipe afin de démarrer cette nouvelle page qu’est l’entrée en logement sans a priori. Le WRAP est un outil qui permet d’apprendre à connaître les locataires, d’aborder ce qui est source de souffrance, de parler de la crise tout en leur donnant un contrôle complet sur la façon dont ils souhaitent la gérer. En effet, il est très important pour nous de leur dire que cet outil leur appartient et nous donne des indications sur la façon dont ils souhaitent que nous intervenions ou non dans le respect de leurs choix.

Nous complétons le WRAP avec nos locataires dans une période où ils vont bien, ils en gardent l’original dont nous avons une copie au bureau. Il peut être intéressant de le relire avec le locataire après une certaine période ou après la crise afin d’observer certaines évolutions et de le réadapter.

Cet outil ne doit pas être utilisé de façon rigide, certaines personnes se l’approprient et le complètent elles-mêmes, pour d’autre un format papier est rébarbatif et il faut l’utiliser oralement, parfois lors de plusieurs rencontres si la capacité de concentration du bénéficiaire ne lui permet pas d’en discuter en une fois. L’important est de se permettre de jongler avec, de l’avoir suffisamment intégré afin d’entendre les différents éléments amenés spontanément par le locataire dans les échanges que nous avons avec lui.

Alexandra Trips
Psychologue Housing First