Santé mentale et étrangers en séjour irrégulier : une prise en charge qui doit être améliorée !

Une quarantaine de personnes s’étaient donné rendez-vous le 13 juin pour notre table d’échanges consacrée à la prise en charge des étrangers en séjour irrégulier. Professionnels de la santé mentale, du sans-abrisme, de l’aide à la jeunesse, de la toxicomanie ou encore de la santé générale ont posé des constats et élaboré des pistes de recommandations sur base de six études de cas.

« L’accompagnement psychosocial des personnes en séjour irrégulier présentant des problèmes de santé mentale : les limites et obstacles de la prise en charge et les ressorts à mobiliser. » Tel était le titre (ambitieux) de la table d’échanges du SMES-B. Il était introduit par le constat suivant : « Nous sommes nombreux à travailler, d’une façon ou d’une autre, avec celles et ceux qui sont en séjour irrégulier sur le territoire belge, qui sont dans une grande précarité et qui souffrent de problèmes de santé mentale. Le constat fait par les équipes mobiles et les travailleurs sociaux, les avocats et les services d’aide juridique, les professionnels de la santé et de la santé mentale est partout le même : nous sommes en face de gens pour qui il y a de moins en moins de solutions. »

Une affirmation qui faisait visiblement écho chez de nombreux travailleurs, au vu des propos tenus par les participants à la matinée. Celle-ci a débuté avec un exposé introductif proposé par Marie Dauvrin sur l’aspect sociodémographique, et un autre proposé par Coralie Hublau, du CIRÉ, sur l’aspect juridique. Les participants se sont ensuite regroupés par table pour discuter de six situations proposées préalablement par des professionnels sur base d’expériences rencontrées dans leur travail.

Il est ressorti de ces analyses que les constats posés et les solutions identifiées sont souvent communs à l’ensemble des situations rencontrées, qu’elles concernent des étrangers européens ou non, nées en Belgique ou non, ayant introduit une demande d’asile ou non, etc.

Ainsi, l’organisation administrative des services publics (CPAS, justice…) tend à exclure du système les personnes en errance, qui voient leurs demandes d’aide rejetées pour des raisons de compétences territoriales. La barrière de la langue représente elle aussi un frein important à l’accessibilité des services.

Parmi les recommandations formulées par les travailleurs, on trouve donc en toute logique la formation (aux langues étrangères, aux questions de santé mentale ou de précarité), le renforcement de l’offre de services à bas seuil d’accès, la diffusion des pratiques de travail en réseau et de coordination de celui-ci.

La nécessité absolue de disposer d’un logement comme premier échelon de l’accès à l’aide et aux soins a été largement soulignée également. Sans logement, pas de domicile (les difficultés rencontrées pour obtenir une adresse de référence ont elles aussi été longuement évoquées), et dès lors pas d’existence légale ni de possibilité d’obtenir une aide sociale. Les intervenants sont alors obligés de bricoler, comme dans le cas de cette dame ne disposant ni de titre de séjour ni de ressources financières, et hospitalisée dans un service de psychiatrie pendant plusieurs années sous contrainte, faute de pouvoir accéder à un logement.

Ces recommandations, nous continuerons à les travailler avec l’aide du comité de pilotage de cette table d’échanges, afin de faire en sorte de faire évoluer les pratiques de terrain et les politiques mises en œuvre par les autorités, bref faire bouger les lignes !

Mathieu De Backer
Directeur Général SMES-B