Le Hub de la gare du Nord : après deux ans d’existence, le bilan

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Médecins Sans Frontières publie le bilan de l’activité du hub humanitaire, installé non loin de la gare du Nord depuis maintenant deux ans grâce à la collaboration d’autres organisations (Médecins du Monde, Croix-Rouge, SOS jeunes...), et visant à prendre en charge les personnes migrantes contraintes de vivre dans des conditions plus que précaires aux alentours de cette zone. Focus sur la situation socio-sanitaire des personnes particulièrement vulnérables.

En deux ans, le hub a accueilli près de 6.000 personnes différentes, en leur proposant divers services allant des soins de santé à l’aide socio-administrative, en passant par un accompagnement spécifique dédié aux jeunes et au rétablissement des liens familiaux. En moyenne, ce sont ainsi 250 exilés qui ont chaque jour poussé les portes du hub.

Par-delà ces chiffres certes impressionnants, un constat doit particulièrement attirer l’attention : la fréquentation accrue du hub par des groupes fragilisés (femmes avec enfants et mineurs non-accompagnés) suite aux mesures et initiatives mises en place par les différentes organisations de terrain pour favoriser l’accueil de ce public spécifique (consultations sage-femme, prise en charge psychologique, « sister’s house » etc.). De telle sorte qu’« entre janvier 2018 et juin 2019, la part des femmes présentes au hub est passée de 5,4% à 17,4 %, sans que leur nombre n’ait augmenté sur le territoire ».

S’il est clair que toutes les personnes en exil sont ni plus ni moins en situation de vulnérabilité, ce constat montre cependant combien il est indispensable de créer des espaces spécialement destinés aux publics cumulant diverses fragilités, tant ceux-ci se trouvent largement invisibilisés dans les dispositifs de prise en charge socio-sanitaires (et ce, que ces derniers aient ou non une vocation d’urgence). Il s’agit bien, en d’autres termes, de faciliter l’accès aux soins pour les plus fragiles – ce qui, du reste, n’est pas sans faire écho aux problématiques présentes dans d’autres secteurs.

Bien plus, c’est la nécessité de solutions structurelles et d’une véritable politique d’hospitalité qui apparait ici en filigrane. En effet, loin des inflations verbales quant à un hypothétique « appel d’air » créé par ces initiatives, le dossier de MSF tend plutôt à montrer que la population d’exilés en transit à Bruxelles se stabilise autour de 800 personnes ; d’où l’intérêt d’une politique qui sort du caritatif pour proposer des mesures concrètes, sur le long terme, prenant à bras-le-corps les problématiques socio-sanitaires urgentes que pose cette situation. Il en va de la dignité, et à plus forte raison de la santé – en particulier mentale comme cet article le mettait récemment en évidence – des personnes en déplacement.

Le nouveau gouvernement bruxellois semble aller dans ce sens : il y a quelques jours à peine, les mandataires annonçaient l’adoption d’une note stratégique qui garantit le maintien, voire le renforcement des structures existantes (porte d’Ulysse, Hub...). De quoi donner un peu de souffle aux travailleurs comme aux migrants. Du reste, en ce qui concerne les solutions davantage structurelles pour sortir des mesures d’urgence et de l’état d’exception, le gouvernement de la capitale renvoie la balle au fédéral par un « appel à prendre ses responsabilités ». Il y a fort à parier que ce dossier sensible revienne rapidement semer la discorde au sein de la (future) législature. Le bras de fer promet d’être tendu, et les migrants, eux, attendront...