Zoom sur le sans-abrisme au féminin

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« Zoom », c’est le nom des dossiers thématiques de la Fondation Roi Baudouin. Et cette fois, Zoom s’intéresse à la condition des femmes qui vivent en rue. Une initiative plus que judicieuse tant le phénomène du sans-abrisme reste (trop) rarement étudié sous cet angle.

De plus en plus de femmes sont touchées par la grande précarité et l’absence (ou la perte) de logement. C’est ce que démontrent les résultats de cette recherche sociologique ô combien éclairante puisqu’elle met en exergue une problématique assurément sous-estimée compte tenu de son invisibilité relative.

Côté chiffres, l’étude nous renseigne tout d’abord sur la proportion de femmes prises en charge dans les dispositifs d’hébergement d’urgence en 2019 : 19% des personnes accueillies dans les structures wallonnes étaient des femmes ; un chiffre qui monte à 31% pour le territoire de la Région bruxelloise (soit, près d’un tiers des personnes prises en charge). Si ces chiffres traduisent, dans l’absolu, un accroissement du nombre de femmes en rue, ce mouvement s’inscrit toutefois dans l’augmentation des personnes sans-abri en général. Autrement dit, la proportion de femmes en rue augmente dans la même mesure que qu’augmente le nombre d’hommes. Mais, comme le stipule précisément le rapport, « cette évolution justifie cependant que l’on s’intéresse de plus près aux besoins spécifiques de ces femmes ».

Dans cette perspective, le texte se penche ensuite sur les causes spécifiques du sans-abrisme féminin. Le constat est ici sans appel : si la perte de logement demeure la principale bascule vers l’errance tout autant pour les hommes que pour les femmes, les violences conjugales constituent la seconde cause majeure du sans-abrisme chez celles-ci, suivant de très près la perte du logement (laquelle est également très souvent liée à une séparation avec le conjoint).

Et ce n’est pas tout, les problèmes conjugaux sans violence arrivent en troisième position et, tout comme les violences, ils concernent essentiellement – pour ne pas dire exclusivement – les femmes. Une analyse qui témoigne donc de manière patente de la vulnérabilité à la fois potentielle et réelle inhérente à la condition féminine qui se concrétise singulièrement dans les situations de grande précarité ; vulnérabilité qui ne fait qu’augmenter dès lors qu’on a affaire à femmes avec des enfants, sans titre de séjour ou avec le risque de le perdre quand celui-ci est lié au mariage.

Par ailleurs, quoiqu’on apprend que les parcours des femmes qui vivent en rue sont très variés, deux profils distincts ressortent de l’analyse des données. On retrouve ainsi, d’un côté, des femmes souffrant de problèmes chroniques de santé mentale ; et, de l’autre, des femmes victimes de maltraitance en tous genres. Ce constat corrobore donc le propos ci-dessus.

Plus précisément, il s’agit de femmes ayant une trajectoire de vie pétrie d’une violence protéiforme (coups, harcèlement, violences institutionnelles et symboliques etc.) se déployant à de multiples niveaux (enfance, vie en société, couple…) et qui se poursuit en rue. Au fond, ces conclusions alarmantes montrent combien les violences systémiques liées à la condition féminine se décuplent en situation de précarité, ou devrait-on dire, eu égard à la teneur de ce dossier, en situation de dénuement.

Enfin, on épinglera le focus particulier mis sur le Housing First en tant que dispositif privilégié (mais non pas exclusif pour autant) dans la lutte contre le sans-abrisme. Cette méthode de réinsertion par le logement telle que nous la mettons en œuvre au SMES s’adresse en effet, en premier lieu, aux personnes les plus vulnérables cumulant de multiples fragilités. La présente étude encourage à continuer à accorder une place nécessaire aux femmes au sein de ces projets au regard des risques liés à leur condition.

Retrouvez le « Zoom » en intégralité ci-dessous :