« Juste¨¨ un jeu » de l’Autre "lieu" : le troisième chemin est ouvert

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Dans le cadre de sa campagne 2019, L’Autre « lieu » (avec d’autres partenaires) a lancé il y a quelques mois le webgame « Juste¨¨ un jeu ». Avec un gameplay non-linéaire et évolutif qui s’ajuste aux choix du joueur, « Juste¨¨ un jeu » constitue avant tout une aventure, voire un voyage aussi terrible que poétique (les graphismes oniriques et l’ambiance sonore envoutante y sont pour quelque chose) au sein de la justice sociale, mais aussi à ses frontières. Un troisième et dernier chemin vient tout juste de s’ouvrir, permettant aux joueurs de continuer leur périple dans les méandres de la justice sociale. Au menu : les « capabilités ». L’occasion de revenir sur cette initiative aussi originale que féconde !

Le jeu vise en effet à sensibiliser le public à des problématiques touchant à l’égalité des droits, au conflit de valeurs, au partage de la souffrance, à l’ouverture à l’altérité, à nos choix et à nos conséquences sur les autres. Pour ce faire, le joueur est plongé dans des situations insolubles, aux issues incertaines et traversées par des dilemmes moraux qu’il lui faudra résoudre pour continuer à avancer.

Ceci étant, le jeu ne se résume pas à une juxtaposition de prescriptions morales ou de principes éthiques à valeur incantatoire, loin s’en faut. Il propose au contraire d’interroger et de déconstruire nos conceptions de ce qui est « juste » tout en prenant soin de mettre l’accent sur la polysémie inhérente à ce terme.

Ce n’est pas tout : le jeu s’inscrit dans un programme plus vaste mêlant évènements et rencontres participatives autour de la justice sociale, et s’accompagne également d’un certain nombre de publications thématiques très instructives à retrouver ici.

Au fond, cette initiative vient réaffirmer on ne plus clairement le message central porté par l’Autre « lieu », à savoir que les souffrances psychiques – et à plus forte raison les manières dont elles sont accueillies ou rejetées –, loin d’être des déviances ou des anormalités, nous renseignent en creux sur l’état de notre société ; elles s’ancrent, en cela, dans des questions d’ordre social et politique.

Tel un miroir, la folie soulève en effet des questions fondamentales sur ce qui « fait » société, ce qui unit le collectif, le maintient dans le temps, régule la vie en commun ou, à l’inverse, le transforme radicalement ou contribue à son effondrement. C’est que l’altérité et l’étrangeté que porte la souffrance psychique ne cessent de tracer des lignes de fuite parmi le plan social en retournant ses normes, en sortant des sentiers battus, en signalant l’absurdité de ses pratiques et, in fine, en le mettant face à ses contradictions.

Saluons cette belle initiative qui touche du doigt autant de malaises contemporains dans nos capacités collectives à faire preuve d’hospitalité, de réciprocité, à accueillir la différence, à penser le soin, à inclure l’altérité au cœur de nos territoires et à lui reconnaitre, précisément, un droit de cité.