Confinement et drogues : un rapport de Sciensano

La crise sanitaire que nous traversons actuellement affecte singulièrement les populations pauvres. Parmi ces dernières, les usagers de drogues – qui cumulent pour beaucoup des problèmes de précarité et de santé mentale – constituent un public particulièrement vulnérable au regard des multiples contraintes spécifiques découlant de la crise (sevrage forcé, baisse de l’offre des services, difficulté d’accès aux soins, impossibilité d’appliquer les mesures d’hygiènes et de Réduction des Risques adéquates faute de matériel, hausse des prix etc.).

Sciensano s’intéresse à ces questions, avec la publications récente « Analyse des conséquences de la crise du COVID-19 pour les centres de traitement spécialisés et les institutions en contact avec les personnes qui utilisent des drogues ». Focus sur quelques éléments des résultats de cette recherche.

Baisse de fréquentation

Confinement oblige, l’enquête a été menée par email auprès de 67 institutions en contact avec des publics connaissant des problèmes d’addiction. Il en ressort un constat général certes attendu, mais non moins inquiétant : 60% des institutions enregistrent une baisse de fréquentation (tandis que 20% d’entre elles signalent une stabilité de la demande, et 20% connaissent une augmentation de fréquentation).

Si cette décrue est évidemment imputable à la réduction voire, dans certains cas, à la suspension temporaire de certains services, « certains rapportent également que les usagers pensent à tort que le centre est fermé ou ont peur de la contamination et respectent le confinement. Même lorsqu’une permanence téléphonique est organisée, certains usagers refusent ou ne peuvent pas être joints par ce moyen de communication. Le fait que les prescriptions des traitements de substitution portent sur une plus longue période (voir ci-dessous) impacte également la fréquentation des centres ».

Continuité des traitements de substitution

Concernant les traitements de substitution (prescription de produits aux propriétés similaires mais aux conséquences moindres afin de tendre vers la diminution), la continuité de ceux-ci reste en revanche assurée dans une majorité de cas (85%). Notons l’initiative bienvenue des centres liégeois de rendre les traitements de substitution gratuits en cette période ; une mesure saluée par Sciensano qui en profite pour rappeler combien l’accès à ces traitements constitue un enjeu décisif pour la prise en charge des dépendances.

Notons également que certains services connaissent une augmentation des demandes fort probablement reliée à la pénurie de certains produits et aux difficultés de se fournir sur le marché noir compte tenu des mesures sanitaires. Un changement qui varie selon les régions (les villes de Liège, Namur et Bruxelles semblent particulièrement touchées, à l’inverse de Charleroi et Leuven) et selon les produits.

Des recommandations

De manière générale, le rapport épingle la présente période comme génératrice de tensions entre les personnes et susceptible d’exacerber les situations d’isolement social et d’auto-exclusion, ainsi que de précariser encore plus les usagers de drogue (diminution des revenus de la mendicité, coût de certains services, non-recours…). À cela s’ajoute également l’augmentation de la visibilité des consommateurs de rue, qui va de pair avec une répression accrue (imputable à une plus forte présence policière dans l’espace public).

Une situation brûlante donc, qui appelle des transformations souhaitées de longue date par les intervenants du secteur mais qui prennent une tout autre dimension aujourd’hui. Citons notamment l’accent à mettre sur les dispositifs de prévention (au détriment de la répression) ; un accès facilité à du matériel d’hygiène et de protection à la fois pour les usagers et les professionnels ; un monitoring de la situation en rue ; une offre d’accompagnement diversifiée et renforcée.

De quoi appuyer les demandes émanant du terrain depuis bien longtemps.

Consultez le rapport complet de Sciensano ci-dessous :